26.03. Fanny Wobmann, Carouge, CH.

matin

avalent un café au bar, quelques secondes, continuent leur chemin
mangent deux croissants, un pain au chocolat, tapotent sur leur téléphone
marmonnent, dialoguent, théorisent, toussent, se mouchent
paient leur verre, clope non allumée à la bouche, porte-monnaie à la main, sac à dos sur l’épaule
parlent anglais, marchent avec une canne, portent un pull en laine verte, petits pompons rouges
attendent leur mari, lui disent à peine bonjour, il a cherché une place de parc dans tout le quartier
se font un bec, rapide, pensent à autre chose, leur journée qui n’est pas aussi ensoleillée que ce qui avait été annoncé
se disent « ciao ciao », on dirait l’Italie, mais derrière, disent « bonjour » avec un accent trainant
expliquent que l’éclipse rend tout le monde excité, qu’il n’y a pas que l’éclipse, aussi des conjonctions de planètes et
l’équinoxe du printemps, et les fleurs qui poussent et la vie qui renaît
habillés tout en noir, un sac énorme qui pourrait contenir un trombone à coulisse, ou une chaise, ou un petit vélo
finissent de remplir leur déclaration d’impôt, la signent, soupirent
ferment la porte avec précaution, il fait encore frais dehors
sont des enfants, regardent dans les yeux, sans bouger, équilibre hésitant
insistent pour payer les cafés, protestent mollement, remercient deux fois
observent
lisent
vivent
replacent leur lunettes sur le nez, ça plisse tout le visage
écrivent sur leur ordinateur ce que les autres gens font

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